Le mouvement Freinet international

À l’origine…

Quand Freinet a commencé à mettre au point sa pédagogie et inventer ses outils, il s’est vite trouvé associé à d’autres enseignants qui se retrouvaient dans les valeurs que leur recherche commune sous-tendait.

Il y a eu très vite des manières de se tenir en contact, entre les moments où on pouvait se rencontrer, pour échanger sur les techniques qu’on mettait au point et les outils qu’on imaginait. De la même manière qu’on avait créé la correspondance pour les enfants et les classes, les enseignants eux-mêmes gardaient contact par courrier, entre eux, et même de manière collective.

Le Multilettre fut un de ces moyens de communiquer et de débattre sur une question, un thème, un outil… L’initiateur partait le bal en présentant son idée, ou son expérimentation, et expédiait la missive aux suivant sur la liste préalablement définie. Puis celui-ci y ajoutait ses commentaires, et l’expédiait au suivant, et ainsi de suite. La communication ainsi enrichie revenait enfin au point de départ, et était emportée à la prochaine rencontre des adhérents. Elle donnait souvent naissance à un chantier de travail pour mettre au point un outil, ou pour bien définir une technique de travail, avant d’être proposée à tous.

Mais l’idéal était bien entendu les rencontres. On a très vite pris l’habitude, dans la mouvance Freinet, de tenir des rencontres pendant les vacances d’été, afin de pouvoir aller plus en profondeur sur les valeurs, les outillages, et procédures qu’on définissait. Ces « congrès » sont rapidement devenus une « institution » de ce qui était en train de devenir le « mouvement Freinet ».

La C.E.L.

La première structure associative qui fut mise en place de manière officielle est la Coopérative de l’Enseignement Laïc, la C.E.L., en 1921. Elle regroupait les enseignants qui commençaient à œuvrer en pédagogie Freinet. Sa raison d’être, c’était d’abord de créer, d’éditer et de diffuser les outils qu’on expérimentait entre adhérents. La CEL fut productrice, par exemple, des premiers fichiers autocorrectifs, du matériel d’imprimerie, des BT (Bibliothèque de Travail), de la revue L’Éducateur et de plusieurs autres matériels expérimentés dans les classes.

La revue L’Éducateur est donc une publication qui a fait du chemin, puisqu’elle existe toujours; elle a gardé sa texture. Elle est éditée à raison de quatre ou cinq parutions par année, à partir d’un thème proposé à tous les adhérents et sur lequel des volontaires produisent des écrits.

Ce n’est qu’après la guerre, cependant, que naquit officiellement un mouvement.

L’I.C.E.M.

La pédagogie Freinet a rayonné dès avant la guerre dans plusieurs autres pays. Les contacts fréquents avec des enseignants « étrangers » faisaient naître ici et là des regroupements nationaux. C’est ainsi que très tôt naquit le mouvement belge, Éducation Populaire, et ceux d’Espagne, d’Italie… Il y a aujourd’hui des mouvements École Moderne partout dans le monde.

En France, Freinet et ses collègues, mettent sur pied l’Institut Coopératif de l’École Moderne, l’I.C.E.M. Partout où un mouvement officiel analogue s’est créé, il a pris le nom d’École Moderne (c’est Freinet lui-même qui est l’auteur de cette dénomination; l’expression « pédagogie Freinet » n’est pas de lui, mais bien de tous ceux qui s’engagèrent à sa suite).

L’ICEM est une structure associative qui réunit des regroupements départementaux (comme le groupe parisien, le groupe lyonnais, le groupe breton…), des secteurs de travail (comme la « commission » français, celle de l’Art enfantin, des maths, de l’étude du milieu…). Il tient congrès tous les deux ans, maintenant, et c’est à un groupe départemental qu’est confiée la tâche de l’organiser, chacune à tour de rôle et sur une base volontaire. Mais même si l’ICEM est une association nationale, le congrès est ni plus ni moins qu’international, puisqu’il reçoit chaque fois des participants de l’étranger, dans une forte proportion.

La F.I.M.E.M.

La multiplication de mouvements étrangers et le besoin de rencontres internationales ont eu ensuite comme résultat de provoquer le regroupement de ces mouvements dans une fédération internationale en bonne et due forme, la Fédération Internationale des Mouvements d’École Moderne, la F.I.M.E.M. Cette association est constituée des mouvements nationaux qui décident d’y adhérer et qui y délèguent des responsables pour les représenter pour les décisions qui les concernent et les représentations internationales à faire en éducation.

Chaque deux ans, en alternance avec le congrès de l’ICEM, se tient une rencontre internationale, la R.I.D.E.F. (… »rencontre internationales des enseignants Freinet »), organisée par un mouvement national volontaire.

Cette année, par exemple, il y aura cet été une RIDEF en Italie, à laquelle Mariel participera. Et c’est de ça effectivement qu’elle a envie de vous proposer quelque chose.

En marge de toutes ces structures, il y a des multiples manifestations un peu partout qui regroupent les enseignants Freinet, tantôt pour un stage de travail sur des outils, tantôt pour réfléchir sur une question, rencontres qui sont commanditées des fois par une « commission », d’autres fois par un secteur (comme l’Enseignement Spécialisé), ou par un groupe départemental. Ailleurs qu’en France, les mouvements nationaux ont aussi leurs rencontres périodiques, générales ou thématiques.

Des mouvements nationaux sont « anciens », d’autres plus récents. Certains sont nés en même temps chez eux qu’en France (comme en Belgique, en Italie, en Espagne…). Mais la pédagogie Freinet s’est fait connaître plus tardivement ailleurs, de sorte que les mouvements qui en sont issus sont plus récents, comme au Japon, en Afrique, dans les pays de l’Est, ici en Amérique.

Et nous, au Québec ?

La pédagogie Freinet était largement ignorée chez nous jusque dans les années 50! Une enseignante de l’époque, Colette Noël, est allée chez Freinet pendant un temps et en revenant, a décidé d’ouvrir « son école Freinet », l’école Noël de Beloeil, qui a duré un temps.

Au début des années 60, il y a eu la création du Ministère de l’Éducation, et tout de suite, le ministre s’est donné comme mandat d’outiller les enseignants qui le voulaient bien afin qu’ils puissent rénover l’enseignement dans leur classe.

C’est ainsi que des enseignants français sont venus animer les volontaires dans des stages d’été, les stages SEMEA (« stage d’entraînement aux méthodes d’éducation active »). Ces enseignants ont voulu rester en contact après ces stages et ont créé Les Chantiers pédagogiques du Québec, qui ont duré un temps aussi.

L’intérêt de tout ça, ça a été qu’ici et là, s’est installée une culture de l’innovation. Quelques-uns de ces enseignants ont voulu provoquer la naissance d’un mouvement de Pédagogie Freinet en bonne et due forme, et en 1980, c’est le Collectif Québécois de l’École Moderne, le C.Q.E.M. (autrement nommé souvent Coquem) qui est venu au monde.

Nous avons été très actifs pendant une dizaine d’années, mais en 1990, nous avons dû cesser nos activités, parce qu’on était essoufflé de tout faire (rencontres multiples à organiser, revue à publier…), et qu’on manquait de relève. Le mouvement québécois a été mis en sommeil.

Mais nous avons toujours cependant gardé contact avec la FIMEM, par l’intermédiaire d’une personne d’ici.

Quand nous voyons nos écoles grandir, se développer, et des projets de nouvelles équipes se structurer et fleurir autour de nous, on se prend à rêver que le mouvement québécois renaisse. Ce qui est certain, c’est que la communauté que nous formons déjà est tout à fait ce qu’un mouvement pourrait être.

Par Marc Audet