Charte de l’école moderne québécoise

Né de l’initiative de quelques participants des stages SÉMÉA offerts par le Ministère de l’Éducation, dans les années 60, un premier mouvement milita en pédagogie Freinet au Québec: les “Chantiers Pédagogiques du Québec”. Malgré même sa fin, des enseignants(es) ont poursuivi individuellement le travail, et de ces efforts est né en 1982, le “Collectif Québécois de l’École Moderne”. Il s’agit d’une association d’échange et de travail coopératif ouverte à tous les agents d’éducation désireux d’opérer une transformation radicale de nos écoles, en faisant la promotion d’une véritable éducation à l’entraide et la coopération, tant au niveau des maîtres, des parents et des enfants.

La transformation que nous souhaitons et pour laquelle nous militons va dans le sens d’une éducation où les enfants ont un droit plein et entier de participer à la gestion de leur développement et du groupe dont ils font partie, coopérativement, une éducation où la libre expression et la communication se trouvent au centre d’un travail vrai, voulu et consenti en communauté, et où ils ont droit au tâtonnement et à l’expérimentation, soutenus par des outils fonctionnels et des techniques diversifiées.

CQEM s’inscrit en cela dans la foulée de Célestin Freinet et des mouvements de l’École Moderne du monde, où coopérativement, les travailleurs du quotidien façonnent à leur manière, sur le terrain pédagogique, la société de demain, qu’ils veulent pour les enfants d’aujourd’hui. Nous mettons à la disposition des enseignants et enseignantes les mêmes occasions de vécu que nous proposons pour la classe. C’est ainsi que des rencontres, des stages, des colloques et des ateliers sont organisés, où chacun est appelé à mettre à la disposition des autres ses connaissances et ses habiletés, afin de développer les techniques et les outils essentiels à un vrai changement dans l’acte éducatif, et par là, dans la société même.

La participation à notre mouvement de non-enseignants, parents, conseillers pédagogiques et autres intervenants en éducation est aussi capitale, dans la mesure où l’entraide coopérative entre tous ceux qui interviennent auprès des enfants peut garantir à ces derniers un développement harmonieux.

C’est ainsi que la participation de 40 à 80 membres, selon les années, a permis de développer peu à peu, une structure permettant à nos adhérents de se voir régulièrement, d’échanger sur leur pratique, de projeter sur l’avenir. Qu’ils soient des individus isolés, oeuvrant dans des écoles de quartier, ou des équipes regroupées autour d’un projet éducatif identifié à la pédagogie Freinet, chacun de nous contribue au développement du mouvement, de la même manière que nos relations avec les autres mouvements nationaux de pédagogie Freinet nous stimulent à avancer.

Le mouvement est géré par un Conseil d’administration, élu par l’Assemblée générale des membres, comme toute association sans but lucratif, au sens de la loi québécoise des Compagnies. Mais le développement du collectif est désormais orienté vers la constitution progressive de regroupements locaux de membres, qui deviendront la structure principale de renouvellement et d’action du mouvement.

La mission du mouvement

Le COLLECTIF QUÉBÉCOIS DE L’ÉCOLE MODERNE – PÉDAGOGIE FREINET est un mouvement composé d’enseignants qui travaillent en coopération. Sa mission, sa raison d’être, est de faire la promotion de la pédagogie Freinet, afin d’amorcer un changement dans le milieu de travail des adhérentes et des adhérents, et éventuellement dans la société.

Les lettres patentes conférant le statut légal d’association au collectif, définissent ainsi “l’objet” du mouvement :

“Cette association a pour but de promouvoir la pédagogie Freinet par le regroupement des praticiens de l’éducation. A cet effet, elle favorise des rencontres de réflexions et d’échanges, la création de groupes de recherche, la conception, la mise au point et l’expérimentation de matériel divers qui serait ou non sa propriété, l’édition et la publication de tous imprimés, publications périodiques, livres et productions techniques, la mise sur pied de services, la participation à toute entreprise susceptible de l’aider à réaliser ses objectifs.

Les derniers débats que nous avons menés sur les fondements du mouvement et de ses institutions ont confirmé cette mission en une définition à trois volets:

  1. la promotion : afin que le maximum d’enfants profitent de cette approche à travers des enseignants et enseignantes dans des classes, puis dans des écoles et ce, à la grandeur du territoire québécois.
  2. la formation : afin que les membres soient outillés pour démarrer et qu’ils puissent aussi se perfectionner et approfondir leurs croyances et leurs compétences tant pratiques que théoriques ou techniques… Bref, agrandir notre expertise.
  3. la recherche : afin que cette pratique pédagogique et la philosophie qui la sous-tend puissent continuer à évoluer et à s’actualiser. Le Collectif Québécois de l’École Moderne se veut être une ressource pédagogique pour les enseignants et enseignantes et un lieu de référence pour tous ceux et celles qui s’intéressent à la pédagogie Freinet au Québec.

Ces intentions avaient été définies déjà, au moment de la création du Collectif, dans un texte connu sous le nom de…

CHARTE DE L’ÉCOLE MODERNE QUÉBÉCOISE

Le Collectif Québécois de l’École Moderne – Pédagogie Freinet se veut le regroupement de tous les agents d’éducation désireux de voir la pédagogie se transformer radicalement dans nos écoles pour en faire…

  • de véritables lieux d’apprentissage favorisant l’épanouissement de l’individu comme être autonome et coopératif, socialement engagé, ayant prise sur son propre développement et celui de son environnement…
  • plutôt que des lieux d’enseignement centrés sur une accumulation de connaissances qui ne peut que conduire à la compétition, au dressage et à la sélection.

Dans cette optique, nous sommes opposés à tout endoctrinement, entendant par là toute pratique pédagogique refusant aux enfants l’accès à toute l’information nécessaire à l’utilisation de leur sens critique, face aux idéologies auxquelles ils sont quotidiennement confrontés, que ces idéologies soient d’ordre religieux, social, politique, philosophique ou autre, qu’elles soient le fait d’une majorité ou d’une minorité à l’intérieur de la société.

Fidèles en cela à la pensée de Célestin Freinet et des milliers d’éducateurs et d’éducatrices qui oeuvrent dans ce sens à travers le monde, nous proclamons le tâtonnement expérimental comme étant l’assise fondamentale de notre pédagogie, comme étant au coeur du processus naturel d’apprentissage.

Nous favorisons le militantisme syndical, politique ou social dans la mesure où il s’oriente vers une amélioration constante des conditions d’apprentissage dans nos écoles.

DANS L’ÉCOLE QUE NOUS VOULONS BÂTIR…

Les enfants apprennent au contact du réel…

L’enseignante ou l’enseignant ne peut que favoriser le tâtonnement expérimental, seul déclencheur des véritables apprentissages. Son rôle consistera surtout à créer un environnement stimulant pour que tous les enfants y trouvent leur compte. Ses interventions essaieront toujours d’aller dans le sens de ce que les enfants sont en train de vivre, respectant leur soif de connaître et de se dépasser.

En conséquence…

Les programmes, ce sont les enfants avec leurs intérêts

Nous affirmons que les programmes officiels peuvent difficilement prédéterminer le moment et le lieu de l’ensemble des contenus d’apprentissage, ainsi que le réel à traiter en fonction des intérêts des enfants. Les programmes officiels ne sont donc que des outils de référence.

L’évaluation est un outil permettant aux enfants de planifier leur dépassement personnel et collectif

Nous ne travaillons pas en fonction de l’évaluation-notation, nous évaluons en fonction de travail accompli. L’enfant est le premier juge de ses apprentissages. Nous rejetons toute forme d’évaluation oppressive et compétitive se voulant facteur de motivation au travail. Dans nos classes, on évalue à seule fin d’améliorer le bien-être individuel et collectif d’enfants en apprentissage.

Le matériel didactique, ce sont d’abord les productions des enfants, des enseignantes et des enseignants

Nous préconisons la fabrication par les enfants, les enseignantes et les enseignants de leur propre matériel pédagogique afin de répondre aux objectifs spécifiques inhérents au processus de tâtonnement expérimental. Nous rejetons donc tout matériel didactique compris dans le sens de méthode d’enseignement, de manuel scolaire ou de cahier d’exercices prétendant indiquer tout le cursus d’un apprentissage.

Ce n’est pas le jeu, c’est le travail qui est naturel à l’enfant…

Si l’enfant se réfugie dans le monde du jeu, c’est peut-être parce qu’il est exclu du monde réel. Dans nos classes, on privilégie les vrais outils et le vrai travail. Ce n’est pas en “faisant semblant” qu’on apprend à faire pour vrai. Nous concédons au jeu son caractère de divertissement mais ce même caractère nous le fait rejeter comme fondement sérieux aux apprentissages. Ça divertit de la réalité.

Les enfants ont un pouvoir réel de décision…

Seule l’organisation coopérative de la classe donne aux enfants ce pouvoir réel de décision quant au contenu et aux modalités d’apprentissage. En collaboration avec l’enseignante et l’enseignant, les enfants s’initient par tâtonnement expérimental à un mode de gouvernement qui constitue la base de leur évolution sociale.

Les parents participent à l’organisation coopérative du travail avec un pouvoir réel de décision…

La concertation entre tous les agents intervenant auprès des enfants est au coeur de notre orientation coopérative. Elle ne peut se réaliser que si les contacts avec les parents sont constants et fréquents. Les parents structurent leur fonctionnement sous le leadership de l’enseignante ou de l’enseignant.

En conclusion, nous croyons que seul l’effort coopératif nous permettra de bâtir pour demain cette école du travail, effort coopératif de tous celles et ceux qui apprennent et de tous celles et ceux qui se sont donnés pour tâche de les aider.